Pour terminer sur la famille Berkowitz, voici quelques brèves informations sur ce que sont devenus les enfants de Paul et Eva.

 

Arthur

Arthur dans les rues de Marseille (années 40)

Devenu artisan-joailler depuis déjà plusieurs années, Arthur rencontra Jacqueline Ayache (dite « Youki »), une secrétaire de huit ans sa cadette. Ils se marièrent en 1953 et trois ans plus tard, en juillet 1956, naquit leur première enfant, Claudine. Après cette première naissance Jacqueline arrêta alors de travailler pour s’occuper de sa fille. Viendra ensuite Bernard, aujourd’hui décédé.

Quant à son travail, même s’il était doué — ses créations étaient toujours très appréciées — Arthur avait peu l’esprit commerçant. Ses principaux clients restaient surtout ses amis et ses proches. C’est pourquoi, un matin, fatigué d’avoir du mal à joindre les deux bouts, il décida de chercher ailleurs. Il n’eut pas à attendre bien longtemps pour obtenir dans la journée deux propositions : partir au Sénégal en tant que professeur de joaillerie et former deux homologues africains, ou devenir créateur de modèles de bijoux dans une usine de Besançon.

Désir d’exotisme, de changer de vie, de transmettre son savoir ? Quelles que fussent ses motivations, un jour de 1961 Arthur débarqua à Dakar avec femme et enfants. Il y resta près de huit ans avant de retourner à Valence pour sa titularisation. Et cinq ans plus tard, il repartit en Afrique, à Abidjan, cette fois-ci pour y fonder une école de bijouterie et y devenir directeur. Avec toujours cette envie de découvrir de nouveaux horizons et d’enseigner, il fit de même à La Réunion, pour finalement revenir à Marseille achever sa carrière comme professeur au lycée du Rempart.

Hélas, le 1er février 1991, un accident cardiaque emporta Arthur au volant de son véhicule sur les routes des Hautes‑Alpes. Il avait 66 ans et venait de prendre sa retraite. Il repose désormais au cimetière de Carpentras.

Roger

Roger durant son service militaire en 1949

Trois ans après la fin de la guerre, l’armée se rappela au bon souvenir de Roger et c’est à Nice, à l’age de 22 ans, qu’il effectua son année de service militaire, au sein de la section musique du 159e régiment d’infanterie alpine.
De retour à la vie civile, il exerça en tant que métreur sur des projets de construction. Puis en 1953, il épousa à Marseille, Josette Zeisel, d’un an sa cadette. Ils eurent ensemble quatre filles : Aline en 1955, décédée précocement à l’âge de trois ans et demi, Nicole en 1958, Corinne en 1963 et Irène un an plus tard.

Malheureusement, Roger profita peu de ses enfants. Il décéda lui aussi au volant de sa voiture, victime d’un accident de la route. On était le 17 février 1967, et Roger n’avait que 40 ans.

Considéré toute sa vie par les deux plus jeunes, Emy et Claude, comme le grand frère bienveillant et protecteur, le modèle à suivre, sa disparition les affecta profondément.

Quant à Josette, un cancer l’emporta vingt‑cinq ans plus tard, le jour de son anniversaire, le 27 aout 1992.

Émilie

Seule fille de Paul et Eva, Émilie exerça ensuite durant plusieurs années le métier de secrétaire bilingue dans une société d’import‑export, les établissements Dénery. Mais fatiguée par son travail et pas au mieux de sa forme, elle changea pour un poste à mi‑temps chez un comptable où elle y resta deux ans.

C’est également durant ces années 1950 qu’à l’âge de 23 ans, ses parents l’envoyèrent un mois chez sa tante Dora à Tel-Aviv. Encore une preuve des relations que Paul a toujours essayé de maintenir avec ses frères et sœurs, même dispersés à travers le monde.

Puis en 1958, peu de temps après la mort de son père qu’elle eut par ailleurs du mal à surmonter, Emy épousa à 26 ans Jacques Frandji. De leur union naquit Hélène en 1960 (ou 1958 ?), qui devint psychologue, et Daniel cinq ans après (ou en 1961 ?). Désireuse de se consacrer pleinement à ses enfants, elle cessa dès lors toute activité. Elle ne reprit le travail que dix ans après, pour s’occuper de la comptabilité de l’auto‑école de son mari jusqu’en 1991. Deux ans plus tard, Jacques disparaissait.

Emy vit toujours dans le sud de la France. Et même si elle reste entourée de sa famille, elle n’en demeure pas moins toujours aussi angoissée et craintive depuis la période de l’occupation qui l’a tant marquée.

Claude‑Bernard

Pour finir, Claude‑Bernard ou plus simplement Claude se tourna tout d’abord vers l’enseignement où il occupa le poste d’instituteur.

En octobre 1959, il épousa Christiane Cisterni avec qui il eut deux enfants, Pascal en 1961 et Annie en 1964. Puis au début des années 70, il reprit les études. Une fois diplômé de l’Institut de psychologie de Paris et de l’Université des sciences humaines d’Aix-en-Provence,il devint psychologue scolaire, métier qu’il exerça jusqu’à sa retraite. Ce n’est qu’après quasiment vingt ans de vie commune, que Claude et Christiane divorcèrent. Gravement malade, cette dernière décéda en 1996.

Encore en activité, il se lança dans l’écriture. Il publia ainsi plusieurs ouvrages. Que ce soit un essai psychopédagogique sur l’apprentissage de la lecture (« Du délire au lire » —1980), ou psychosociologique (« La Castrachose » —1990) ou encore de la poésie (« Ondes et volutes » — 2003). Dans son dernier livre paru en 2011 chez Edilivre, « Tourner d’un cran le kaléidoscope », il se souvient de sa propre vie tout en abordant les problèmes sociétaux de l’époque. Il y évoque notamment l’importance de sa sœur Emy avec laquelle il demeure toujours très proche, ainsi que celle de ses deux frères, ses deuxièmes pères comme il aime à les appeler.

Claude vit aujourd’hui avec sa compagne Anita dans le sud de la France, à Aurel, petit village du Vaucluse au pied du mont Ventoux.

Et c’est ainsi que se terminent ces quelques tranches de vie consacrées à Paul Berkowitz, l’ainé de Menahem et Adele.