Pourtant, même si la ville était libérée en cette fin aout 1944, ils ne rentrèrent pas pour autant à Marseille. Car pendant leur exil, leur appartement avait été réquisitionné. Et Paul dut alors engager un avocat afin de faire valoir ses droits. Ce ne fut qu’un an plus tard, courant 1946, une fois la procédure aboutie, qu’ils purent quitter leur taudis, heureux de revenir enfin chez eux, dans ce petit trois‑pièces de la Capelette.
Et la vie reprit doucement son cours.
Les enfants, surtout les deux ainés passionnés de montage, retrouvèrent aussitôt le plaisir des randonnées autour de Marseille. Le col des chèvres, le massif du Puget, les calanques de Morgiou, l’Hubac de la montagne Sainte Victoire ou les falaises de Cassis, autant d’endroits qu’ils arpentaient, amenant de temps à autre, en cachette des parents, leur petit frère, Claude‑Bernard.
Quant à Paul, il réintégra son poste à la compagnie maritime Paquet. Et puis, retrouvant désormais une existence normale, il n’en oublia pas pour autant ses frères et sœurs, dont il en revit quelques‑uns. Comme, en 1947, lorsqu’il rendit visite à Sarina, en Angleterre. Ou à Paris à l’invitation de Samuel, pour assister aux communions protestantes de ses nièces, Rosette en 1946, Jeannine en 1947.

C’est d’ailleurs, au cours de cette dernière visite, qu’il partit fâché contre son frère Samuel. Mais ceci est une autre histoire (voir Famille et judaïcité)
Paul décéda le 9 décembre 1957, à quelques jours de la retraite, des suites de problèmes pulmonaires contractés durant la Première Guerre. Eva le rejoindra six ans plus tard, dans ce même cimetière de Marseille où repose également sa sœur Émilie.
Terminons enfin sur cette malheureuse anecdote à la suite du décès de Paul, qui vit la fin des relations entre la famille Berkowitz et celle de Samuel. Et tout ça, suite à une simple lettre d’Arthur à son oncle au sujet de l’enterrement de son père, dans laquelle il écrivit entre autres : « … oncle Sam, je pense que tu vas pouvoir venir pour régler des affaires… »
Mais, en lisant ces quelques mots, Samuel s’est alors imaginé toute autre chose…
« qu’est-ce que ça va veut dire… pour régler des affaires… oh mais ça, c’est pour me taper… pour me demander de l’argent… ».
Ajouter à ce quiproquo, son travail qui rendait plus compliquée une absence de 48 heures, Samuel leur répondit simplement qu’il ne viendrait pas. Ne comprenant pas pourquoi il refusait d’assister aux obsèques de son frère ainé, Arthur et sa famille cessèrent dès lors toute relation.
Même punition pour Henri, le plus jeune des neufs enfants Bercovitz. Cette fois-ci, ce fut Claude, le fils de Samuel, qui à la demande de son père, téléphona à son oncle pour le prévenir et lui proposer d’aller à l’enterrement de Paul. Henri aurait alors répondu : « qu’est-ce que je vais aller faire là-bas… hors de question que j’aille à Marseille ». Du coup, encore un frère qui refusait de venir à la cérémonie, et donc nouvelle rupture familiale !
Ce qui n’empêcha pas Henri de coucher bien plus tard sur son testament, Claude-Bernard et Emy, les deux seuls enfants Berkowitz encore vivants à l’époque, et qui ainsi, lors de son décès, reçurent une partie de l’héritage de leur oncle.
Enfin, pour rester sur une note d’optimisme, bien des années plus tard, par un heureux hasard, les deux familles reprirent contact au travers de Claudine, la fille d’Arthur, petite-fille de Paul et d’Olivier, le fils de Claude et petit-fils de Samuel Bercovitz.
A suivre …!
