Dora serait née en 1904 à Constantinople. “Serait”, car comme pour la plupart de ses frères et sœurs, la date reste incertaine. Sur son dossier d’immigration pour la Palestine en 1933, elle inscrivit effectivement 1904 comme année de naissance. Mais sur son formulaire de naturalisation de 1947, c’est l’année 1906 qui y figurait, la même année où serait né son frère Samuel, ce qui semble toutefois peu probable. Par contre que ce soit pour l’immigration ou la naturalisation, c’est en tant que Bercovitch qu’elle sera reconnu. D’où une quatrième orthographe …

Quoi qu’il en soit, 1904 ou 1906, elle fit comme tous les enfants de Menahem : dès qu’elle put elle quitta le domicile familial. Pour elle ce fut lorsqu’elle se mit en couple avec son ami Avram Magrisso, mécanicien de son état, né en 1906 à Edirne, cette ville frontalière turque à quelques kilomètres de la Bulgarie et de la Grèce.

Elle quitta définitivement la Turquie fin avril 1933, quelques années après son mariage avec Avram, pour émigrer tous les deux en Israël,  à Tel‑Aviv. Ils attendirent ensuite quatorze ans avant d’être naturalisés en 1947, tout comme leurs deux enfants qu’ils avaient eut entre-temps, Yisraël en mars 1934 et Myriam en septembre 1937. Désormais citoyens de la Palestine, encore sous mandat britannique, ils deviendront de véritables Israéliens, un an plus tard, le 14 mai 1948, à la naissance de l’État d’Israël.

Quant à ses relations avec sa famille, son éloignement ne l’empêcha pas de continuer à entretenir des liens avec ses frères et sœurs. C’est ainsi que Paul, son frère ainé, envoya en 1955 sa fille Émilie passer un mois auprès de sa tante. Par la suite, il y eut également ses petites-filles, Claudine et Hélène qui rencontrèrent plusieurs fois Dora lors de leurs voyages en Israël.

Côté Bercovitz, Samuel ne l’oubliait pas, prenant régulièrement des nouvelles de sa sœur. Ainsi, à force d’entendre parler de sa famille française et de son oncle Sam, Yisraël, après ses trois années de service militaire, décida de les rencontrer. Ce qu’il fit un jour de novembre 1959.
Accueilli rue Sibuet par Samuel, Claude lui laissa pour l’occasion sa chambre de bonne du 7e étage.
« Un garçon très sympathique, typé, très costaud avec une tête de plus que moi, et des idées bien arrêtées », se souvenait-il.
Et également un jeune homme très fier de son pays, prêt à défendre sa terre, comme il l’affirma un soir au sujet du conflit israélo-arabe

« Moi les Arabes, je les attends. J’ai de quoi tenir chez moi avec mon fusil mitrailleur… Ils ne m’auront pas… »

Quant à ses journées, elles se résumaient le plus souvent à explorer les rues parisiennes avec son cousin comme guide. Balades lors desquelles il passait rarement inaperçu, avec son short couleur sable en plein hiver… Et puis il y avait ces soirées dans les restaurants de la capitale, dont celle au cabaret le Lido. Bref, ce fut trois semaines de bons souvenirs, pour lui et sa famille d’accueil.

En 1965, ce fut au tour de Dora de rendre visite à Samuel chez qui elle resta un mois et demi. Sa fille Myriam la rejoignit également durant une dizaine de jours, à découvrir Paris avec sa cousine Jeannine. D’ailleurs, c’est à cette occasion, que Dora fut étonnée, et même dérangée, de voir comment son frère avait d’un coup renié ses origines juives. Elle ne comprenait pas pourquoi, eux qui régulièrement célébraient en Turquie avec leurs parents les principales fêtes comme Kippour, Souccot ou Pessah. Bref, elle repartit un peu navrée mais pas fâchée.

Aujourd’hui, Dora et Avram reposent au cimetière de Holon, dans la banlieue sud de Tel‑Aviv, Dora depuis 1985, et son mari vingt ans plus tard en 2005.

Quant à Myriam, elle a épousé en décembre 1959 Menahem Kuperman et s’est installé avec lui à Haïfa.

Ce furent les dernières nouvelles de la famille Magrisso.